Sommaire "Enseigner la musique n° 8"
 




Editorial

 


Introduction
Eddy Schepens
est professeur de Sciences de l’éducation, directeur-adjoint du Cefedem Rhône-Alpes

Chaque intervention a été suivie d’un débat animé en alternance par Michel Rotterdam et Eddy Schepens.


Pourquoi les musiques actuelles concernent-elles aujourd’hui les institutions publiques ?

Pourquoi est-il devenu impossible de tenir les musiques actuelles à la marge des politiques musicales publiques ? Les musiques actuelles ont déjà une histoire, et les pratiques ne se passent plus d’un langage qui les explique, les transmet, les expose à la discussion et structure un discours sectoriel susceptible d’être entendu par les pouvoirs publics. Les politiques musicales, depuis Maurice Fleuret, sont celles de toutes les musiques, et ce référentiel de l’action publique ne peut pas ne pas modifier à plus ou moins long terme les pratiques institutionnelles. La présence des musiques actuelles dans les institutions publiques d’enseignement musical suscite un ébranlement des valeurs-principes sur lesquelles ces institutions ont été fondées, et implique l’invention, au sein de ces institutions, d’un nouveau cadre didactique.
Noémi Duchemin est chercheuse en Sciences politiques


L’implication des équipes des lieux de Musiques amplifiées et actuelles dans la problématique globale de l’action culturelle : questions et perspectives

À partir du travail d’observation et de production permanente mis en place par la Fédurok et d’études complémentaires menées avec d’autres acteurs (dispositif NSEJ ou «éducation populaire et musiques amplifiées»...), nous tenterons de dresser un constat des principales tendances et valeurs exprimées par les équipes (salariés et bénévoles), de leurs postures ou rapports à la population d’un territoire, ainsi que des «pédagogies»et des modes d’organisation qui se font jour. Nous soulèverons ainsi les questionnements et difficultés rencontrés dans l’articulation entre les fonctions et les notions d’éducation permanente, d’action culturelle, d’enseignement, de production, et de diffusion artistique.
Le propos sera centré sur une vision sociétale de ces questions, davantage que sous l’angle corporatiste. En effet, même si ces pratiques artistiques, dites amplifiées ou actuelles, portent en elles tous les paradoxes de notre monde, aucun système ou aucune logique politique ou économique n’a réussi à organiser le façonnage de l’ensemble et son contrôle exclusif et total. Ceci s’explique, pour une part, par la nature même de ces pratiques, dans la mesure où elles sont diverses, issues des différentes composantes de la population et évoluant à partir des mutations technologiques, d’autre part par, par la diversité même des médiations et des dynamiques mises en place.
Stéphanie Gembarski, directrice du Florida et administratrice de la Fedurok - Philippe Berthelot, directeur de la Fedurok


L’école de musiques actuelles : un projet artistique, culturel et social

En interaction avec son territoire d’implantation, le projet de l’école mêle la formation dans sa diversité (enseignement, accompagnement, conseil, etc …), l’action culturelle, la diffusion et la création. Il s’appuie sur un large partenariat avec les autres structures d’enseignement (conservatoires, écoles publiques, universités, etc …), les équipements culturels (lieux de diffusion, SMAC, festivals, locaux de répétition) ainsi que les entreprises et les professionnels de la Cité. Avec des équipes professionnelles (artistiques, pédagogiques et administratives), l’école est à la fois un laboratoire permanent et un élément structurant de l’apprentissage et de la pratique des musiques actuelles.
Stephan Le Sagère est directeur de la FNEIJMA - Bernard Descôtes est directeur de l’APEJS et vice-président de la FNEIJMA.


Appropriation des supports et culture technique populaire

Depuis l’invention du phonographe, notre rapport au monde sonore s’est sensiblement modifié et les techniques qui consistent à manipuler des supports et à les reproduire sont, en grande partie, à l’origine du rock et des mondes hip-hop et techno. Quand on observe l’histoire de ces styles musicaux et leurs (nombreux) modes d’apprentissage, on s’aperçoit d’une translation permanente de la sphère privative (professionnelle ou domestique) vers la performance. Cette appropriation continue des supports, la culture technique populaire, interroge notre rapport aux divers instruments qui font la musique et donc à la mise en œuvre des dispositifs publics.
François Ribac est compositeur de théâtre musical


Changements institutionnels et développement professionnel permanent

La Guildhall School of Music a développé depuis quelques années le projet Connect dans la perspective d’une ouverture du conservatoire vers les pratiques musicales externes à l’institution. Ce projet a été l’occasion de poser des questions critiques qui défient aujourd’hui les conservatoires, telles que la formation à l’encadrement des pratiques artistiques, le développement de procédures d’évaluation en fonction de contextes diversifiés, la pratique auto-réflexive, le développement professionnel tout au long de la vie…
Peter Renshaw a été directeur de la Guildhall School of Music


L’expérience du Collectif

Pourquoi et dans quel contexte avons-nous créé ce Collectif ?
Six ans d’expérience (de nombreux séminaires) ont abouti à la définition d’une posture philosophique et pédagogique : l’accompagnement.
L’exposé décrira les perspectives, la panorama actuel de la vie musicale et la place que nous souhaitons y prendre.
Thierry Duval est membre du Collectif


Autres modes de production, autres modes de transmission : des formes d’enseignement-apprentissage ?

Les musiques actuelles sont-elles en « rupture », et si oui, avec quoi ? Est-il possible, par exemple, de revendiquer une absence de racines ? Elles sont amplifiées : faut-il « se faire entendre » pour être entendu, sinon écouté ? La marginalité dont elles pensent encore faire l’objet constitue un paradoxe, alors qu’elles visent au contraire à utiliser largement les canaux de diffusion. Faut-il y voir de nouvelles esthétiques ou d’autres manières de participer au monde, sous d’autres manières, dans d’autres lieux, et d’autres modes de transmission et de production ?
Les logiques d’apprentissage et d’enseignement de ces musiques semblent faire davantage de place à la notion de groupe, de collectif, qu’à la compétence d’un maître. Le compagnonnage les caractériseraient-ils, lequel se substituerait à la relation magistrale ? Dans ce cas, ne faudrait-il pas prévoir des formes particulières d’enseignement-apprentissage ?
Michel Develay enseigne les Sciences de l’éducation à l’Université Lumière, Lyon 2


Montages institutionnels, sociologie des publics et conceptions pédagogiques

Il y a quatre ans, un dispositif de formation dans le domaine des musiques actuelles amplifiées a été mis en place à Grenoble, à l’intersection de deux équipements municipaux de nature et de statut distincts, l’un dédié à l’accueil de groupes amateurs et à l’accompagnement de groupe en voie de professionnalisation, « la Régie 2C », l’autre dédié à l’enseignement artistique, le CNR.
Quelle leçon peut-on tirer de cette double démarche ? Les musiques actuelles amplifiées au CNR ne constituent-elles qu’un département pédagogique de plus, ou interrogent-elles, de l’intérieur, les traditions et les représentations pédagogiques existantes, d’autant que la majeure partie des activités se déroulent hors les murs ?
Par ailleurs, les médiations mises en place à la Régie 2C ont-elle permis de modifier le rapport à la pratique des groupes et la sociologie des publics en demande de formation ? De manière générale, quels types de réponses pédagogiques nouvelles convient-il d’inventer ? Le choix d’une structuration complexe, affirmé dès l’origine par les acteurs, a-t-il répondu aux objectifs qu’ils s’étaient fixés ?
Michel Rotterdam est directeur du Conservatoire National de Région de Grenoble


Production artistique, enseignement, recherches

La société post-industrielle oblige à penser les termes de production, d’enseignement et de recherche dans une continuité. Ces trois termes ne peuvent plus être abordés de manières distinctes, ils désignent des réalités qui sont aujourd’hui en interaction tout au long de la vie. Le monde artistique n’échappe pas à cette tendance, dans la mesure où il se confronte aux nouvelles technologies. Cette donnée bouleverse les conceptions, les pratiques et la définition des métiers.
Jean-Charles François est percussionniste, compositeur et directeur du Cefedem Rhône-Alpes


Une politique culturelle préfigurée par les Musiques amplifiées : dépasser la division du travail de la culture

La division du travail héritée du mode de développement industriel structure « l’autonomie relative » du champ culturel ; dans le champ culturel lui-même, cette division du travail se prolonge en une répartition des tâches -segmentée et hiérarchisée-, entre production, transmission et usage de la culture. Le développement des musiques amplifiées invite à dépasser cette division du travail et cette répartition des tâches. La naissance « d’opérations culturelles » autour des musiques amplifiées, transgressant ces cloisonnements, constitue une ressource pour penser une politique de la culture dans une perspective de transformation sociale et politique.

C'était le thème qu'il proposait, cependant Luc Carton ayant eu un empêchement majeur, il n'a pu faire son intervention comme prévu.
Il réagit aux interventions et aux débats publiés dans ce numéro : ce texte sera consultable bientôt sur notre site et sur celui de la Fédurok www.la-fedurok.org.
Luc Carton, philosophe, est directeur de recherche à la Fondation Travail-Université à Bruxelles





Le Cefedem Rhône-Alpes et les musiques actuelles amplifiées

Depuis sa création en 1990, le Cefedem Rhône-Alpes a développé une importante activité de recherche dans le domaine de l’enseignement spécialisé de la musique. Une publication, « Enseigner la musique » a vu le jour, fruit d’une collaboration avec le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Lyon. Elle assure la diffusion de travaux de chercheurs dans le domaine des sciences sociales et de l’enseignement de la musique, ainsi que de récits d’expérience de professeurs de musique. Le centre est très attaché à organiser des évènements (colloques, journées d’études, journées de rencontre et de discussion) favorisant le débat sur les questions relatives à l’enseignement de la musique, et regroupant les professionnels du secteur, les chercheurs, les élus, les représentants des institutions et les parents d’élèves.
Ces dernières années ont vu le développement de nombreuses activités liées aux Musiques actuelles amplifiées, tant dans le domaine de la diffusion, de l’encadrement des pratiques et de son enseignement. Ce développement a permis de faire sortir ces pratiques musicales de trois stéréotypes visant à nier leur valeur artistique : a) la tendance à réduire ces expressions populaires à un phénomène social lié aux malaise des banlieues ; b) l’idée que le refus des institutions serait constitutif de ces expressions spontanées et contestataires ; c) les musiques actuelles amplifiées et les musiques urbaines, récupérées par les médias de masse, n’auraient d’autres valeurs en définitive que celles liées au commerce.
Aujourd’hui, les musiques actuelles amplifiées, par leur diversité, s’affirment comme des expressions originales fondées sur les valeurs propres à la société contemporaine.
L’État a beaucoup contribué à la reconnaissance de ces musiques sur le plan des valeurs artistiques, notamment en créant un Certificat d’Aptitudes et un Diplôme d’Etat de professeur de musique, ce qui, à terme, devrait permettre le développement d’emplois dans la Fonction publique territoriale. Les premiers étudiants en Musiques actuelles amplifiées ont été accueillis au Cefedem Rhône-Alpes en 2000, dans un programme complètement rénové, conçu de manière à assurer que les spécificités de chaque genre musical soient reconnues et qu’une collaboration effective entre les genres musicaux se développe au sein des établissements d’enseignement artistique.
Un travail considérable a été fait dans le milieu associatif pour promouvoir les musiques actuelles. Beaucoup d’écoles de musique tentent de développer des programmes dans ce domaine, souvent sans savoir comment s’y prendre.
Il faut donc, aujourd’hui, non seulement faire le point sur les pratiques déjà développées, mais aussi tenter de définir les différentes manières d’envisager l’initiation aux pratiques, notamment en développant des dispositifs « pédagogiques » plus multiples et plus ouverts. Comment nommer les spécificités des musiques actuelles amplifiées dans les logiques de transmission ou d’élaboration des savoirs faire ? Quelles sont les conditions adaptées à l’évaluation de formations ainsi plus diversifiées ? La distinction entre enseignement et accompagnement des pratiques est-elle vraiment pertinente ? Dans tous les cas, comment concevoir les offres de formation ? Et, en conséquence, comment envisager la formation professionnelle des cadres ?

Ce sont ces questions qui ont fait l’objet des rencontres des 02 et 03 mars 2005.