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Dans les précédents éditoriaux, nous évoquions la nécessité que lenseignement de la musique saffirme comme un champ de recherche spécifique. Il serait bien sûr nécessaire quun programme de recherche approprié enregistre et diffuse les travaux menés sur lenseignement (et lapprentissage) de la musique au départ des approches disciplinaires déjà réalisées, en France comme à létranger travaux musicologiques, pédagogiques, psychologiques, sociologiques, historiques, anthropologiques. Ce serait un premier pas qui, comme tel, pourrait enrichir les programmes de formation des professeurs de musique, tout comme les enseignants en exercice soucieux de réfléchir sur les conditions de leur profession. Un tel programme nexiste pas en France aujourd'hui.
Mais il faudrait aller plus loin : la recherche sur lenseignement de la musique doit pouvoir dépasser la simple superposition des approches disciplinaires traditionnelles et se constituer en objet danalyse singulier. Elle doit permettre dinterroger les divers contextes denseignement et dapprentissages, comparer les approches des divers modes dacquisition, creuser la complexité des motivations (celles des enseignants comme celles des élèves), interroger le cur des pratiques de transmission, analyser les conceptions qui continuent à marquer lélaboration des cursus. Elle doit nouer les fils dun dialogue professionnel trop longtemps confiné dans les spécialisations instrumentales, mettre en réseau les expériences et les réflexions, aider au développement dune nouvelle identité professionnelle des professeurs confrontés depuis quelque temps déjà à de nombreux défis. Surtout : cette recherche doit avoir du cur, porter du sens, permettre des espoirs nouveaux à lheure où léducation musicale spécialisée sest à ce point développée, signe dun désir de musique inédit jusquici. Bref : lenseignement spécialisé de la musique peut et doit travailler sa singularité, non pour revendiquer sa différence - cest un exercice qui conduit souvent à reconduire sa propre satisfaction -, mais pour enrichir la réflexion éducative de ses réelles spécificités, et ce à lheure où le projet de démocratisation de léducation semble susciter de nombreux doutes.
Voici donc la cinquième livraison dEnseigner la Musique. Nos lecteurs auront remarqué que le rythme de parution de ces cahiers de recherches est quelque peu aléatoire : nous ne chercherons pas à nous en excuser. Il y a toutefois, dans cette intermittence, deux ou trois choses à méditer.
D'abord que l'enseignement de la musique peine à devenir un objet de recherches, alors que près dun million délèves fréquente une école de musique de manière hebdomadaire. Les questions posées au secteur spécialisé de l'éducation musicale se sont multipliées dans le mouvement même de démocratisation de l'accès à la pratique musicale : pour autant, il n'existe pas de cadre, ni de moyens spécifiques, pour les traiter. Avec de maigres moyens, Enseigner la Musique constitue une invite à la construction dun tel chantier. Mais cette publication demeure artisanale, son caractère volontariste ne pouvant compenser le manque de réseaux structurés à travers lesquels les professionnels pourraient débattre.
Car si la recherche suppose des moyens matériels, elle nécessite aussi des ressources humaines, et plus particulièrement une communauté de chercheurs s'associant autour d'un objet et le fondant comme tel, petit à petit. C'est là un deuxième problème, car on ne saurait imaginer une telle recherche sans la participation des praticiens, ni sans la rencontre de ceux-ci avec des experts venus d'autres horizons. Pour l'heure, il n'y a guère d'occasions de réunir en une telle configuration enseignants de musique et experts d'autres disciplines. Le praticien-réfléchi demeure donc obligé de mener seul ses interrogations, au hasard d'heureuses rencontres ou de circonstances favorables. Enseigner la Musique souhaite développer la circulation dune réflexion professionnelle : cest pourquoi nos lecteurs trouveront ci-après un appel à nous adresser quelques lignes, ou plus, à travers lesquelles ils racontent une expérience pédagogique, livrent des informations sur des recherches en cours ou proposent à leurs collègues des pistes de travail. Ceux qui le souhaitent peuvent nous contacter afin que nous fassions leur interview ou que nous aidions une équipe à formaliser une communication écrite au départ de projets réalisés dans leurs établissements. Le prochain numéro sera consacré à de tels récits d'expériences et aux préoccupations de nos lecteurs. Pour lancer cette proposition, quelques témoignages de ce type sont publiés dans le présent numéro. Ils ne constituent pas des modèles rédactionnels - bien d'autres types de communications sont possibles -, mais ils peuvent permettre d'imaginer combien serait précieuse pour notre communauté professionnelle la circulation de tels récits.
Les évolutions considérables des techniques de production de la musique interrogent simultanément les définitions esthétiques et les modes de transmission des savoirs et des savoir faire. L'éducation musicale doit-elle s'émanciper de la forme scolaire et se déployer autour de centres de ressources aux missions plus larges - et plus instables ? Ou est-ce le concept d'école lui-même qui doit évoluer et rompre avec la vision classique qui limite son rôle à celui d'un enseignement initial pensé pour une pratique ultérieure ? Dans ce cas, disposons-nous de modèles pour penser, dans la diversité, un réel encadrement des pratiques damateurs ? Les écoles de musique peuvent-elles devenir des lieux d'aventures musicales ouverts à tous, à tous les âges de la vie ?
La musique n'existe pas en soi , mais en référence à un environnement particulier. Les contextes d'apprentissage sont dès lors déterminants : comment penser les cursus, comment impliquer plus régulièrement les élèves dans des travaux pratiques, en leur demandant de bâtir, au départ de ceux-ci, les éléments de cette théorie souvent vécue comme rébarbative ?
Comment penser une culture musicale plus diversifiée, plus active , peut-être plus multiculturelle, métisse même, à l'heure où affluent à l'école de musique des demandes de nature nouvelle ?
On le voit, les thèmes de travail ne manquent pas. A vos plumes donc, avec notre aide si vous le souhaitez. Cette année 2003 s'ouvre pour nous avec ce numéro 5 dEnseigner la Musique : puisse-t-elle s'achever sur un numéro 6 copieux, résonnant de vos témoignages.
Jean-Charles François et Eddy Schepens
Les conférences coorganisées par le Cefedem Rhône-Alpes et le CNSMD de Lyon sont ouvertes à tous. Le programme vous en sera communiqué sur simple demande.
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