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Les Cahiers de recherches
"Enseigner la musique"
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Les Actes de colloque - tome 1
"L'avenir de l'enseignement spécialisé de la musique"

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Le Conservatoire national supérieur de musique de Lyon et le Centre de formation des enseignants de la musique Rhône-Alpes s'associent chaque année autour d'un programme de publications visant à promouvoir la recherche dans le domaine des enseignements de la musique et du métier de musicien.
La nécessité de construire des axes de recherche sur la pédagogie de la musique nous paraît en effet devoir faire l'objet d'une préoccupation accrue des institutions de formation, ne serait-ce qu'en raison du phénomène de société que constitue l'accroissement constant de la demande d'éducation musicale qu'enregistrent, tout particulièrement en France, les écoles de musique. Cette recherche est par ailleurs devenue indispensable depuis que les formations de musiciens se sont enrichies de cycles d'études spécialisées menant au métier de professeur de musique.
Une telle recherche ne peut se constituer qu'en respectant deux principes : d'une part celui d'une ouverture disciplinaire large, de manière à pouvoir rendre compte des aspects contrastés - voire contradictoires - qui structurent le champ de la pédagogie de la musique, d'autre part en évitant de noyer dans l'éclectisme les questions traitées.
"Enseigner la musique" souhaite contribuer à ce que la réflexion sur la musique et surtout sur son enseignement s'affirme comme un champ de recherche spécifique. Tout en faisant régulièrement appel à diverses disciplines - la musicologie, l'esthétique, la philosophie, les sciences de l'éducation, la psychologie, la philosophie - ainsi qu'aux expériences de praticiens - enseignants, compositeurs interprètes - nous essayons d'affirmer la singularité d’un tel champ.
Avec modestie, nous tentons de réaliser un tel programme en confiant à des praticiens ainsi qu'à des chercheurs des contributions qui tentent de s'inspirer de ces principes.
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"Enseigner la musique" : un outil de professionnalisation
Il serait bien sûr nécessaire qu’un programme de recherche approprié enregistre et diffuse les travaux menés sur l’enseignement (et l’apprentissage) de la musique au départ des approches disciplinaires déjà réalisées, en France comme à l’étranger – travaux musicologiques, pédagogiques, psychologiques, sociologiques, historiques, anthropologiques. Ce serait un premier pas, qui comme tel pourrait enrichir les programmes de formation des professeurs de musique, tout comme les enseignants en exercice soucieux de réfléchir sur les conditions de leur profession. Un tel programme n’existe pas en France aujourd'hui,.
Mais il faudrait aller plus loin : la recherche sur l’enseignement de la musique doit pouvoir dépasser la simple superposition des approches disciplinaires traditionnelles et se constituer en objet d’analyse singulier. Elle doit permettre d’interroger les divers contextes d’enseignement et d’apprentissages, comparer les approches des divers modes d’acquisition, creuser la complexité des motivations (celles des enseignants comme celles des élèves), interroger le cœur des pratiques de transmission, analyser les conceptions qui continuent à marquer l’élaboration des cursus. Elle doit nouer les fils d’un dialogue professionnel trop longtemps confiné dans les spécialisations instrumentales, mettre en réseau les expériences et les réflexions, aider au développement d’une nouvelle identité professionnelle des professeurs confrontés depuis quelque temps déjà à de nombreux défis. Surtout : cette recherche doit avoir du cœur, porter du sens, permettre des espoirs nouveaux à l’heure où l’éducation musicale spécialisée s’est à ce point développée, signe d’un désir de musique inédit jusqu’ici. Bref : l’enseignement spécialisé de la musique peut et doit travailler sa singularité, non pour revendiquer sa différence – c’est un exercice qui conduit souvent à reconduire sa propre satisfaction -, mais pour enrichir la réflexion éducative de ses réelles spécificités, et ce à l’heure où le projet de démocratisation de l’éducation semble susciter de nombreux doutes.
"Enseigner la musique" : un rythme de parution encore aléatoire…
Nos lecteurs auront remarqué que le rythme de parution d’ Enseigner la Musique est quelque peu aléatoire : nous ne chercherons pas à nous en excuser. Il y a toutefois, dans cette intermittence, deux ou trois choses à méditer.
D'abord que l'enseignement de la musique peine à devenir un objet de recherches, alors que près d’un million d’élèves fréquente une école de musique de manière hebdomadaire. Les questions posées au secteur spécialisé de l'éducation musicale se sont multipliées dans le mouvement même de démocratisation de l'accès à la pratique musicale : pour autant, il n'existe pas de cadre, ni de moyens spécifiques, pour les traiter. Avec de maigres moyens, Enseigner la Musique constitue une invite à la construction d’un tel chantier. Mais cette publication demeure artisanale, son caractère volontariste ne pouvant compenser le manque de réseaux structurés à travers lesquels les professionnels pourraient débattre.
Car si la recherche suppose des moyens matériels, elle nécessite aussi des ressources humaines, et plus particulièrement une communauté de "chercheurs" s'associant autour d'un objet et le fondant comme tel, petit à petit. C'est là un deuxième problème, car on ne saurait imaginer une telle recherche sans la participation des praticiens, ni sans la rencontre de ceux-ci avec des experts venus d'autres horizons. Pour l'heure, il n'y a guère d'occasions de réunir en une telle configuration enseignants de musique et experts d'autres disciplines. Le "praticien-réfléchi" demeure donc obligé de mener seul ses interrogations, au hasard d'heureuses rencontres ou de circonstances favorables. Enseigner la Musique souhaite développer la circulation d'une réflexion professionnelle : c'est pourquoi nos lecteurs trouverons dans chaque parution de la revue un appel à nous adresser quelques lignes, ou plus, à travers lesquels ils racontent une expérience pédagogique, livrent des informations sur des recherches en cours, ou proposent à leurs collègues des pistes de travail. Ceux qui le souhaitent peuvent nous contacter afin que nous fassions leur interview ou que nous aidions une équipe à formaliser une communication écrite au départ de projets réalisés dans leurs établissements. Pour lancer cette proposition, quelques témoignages de ce type ont été publiés depuis le numéro 5. Ils ne constituent pas des "modèles" rédactionnels – bien d'autres types de communications sont possibles -, mais ils peuvent permettre d'imaginer combien serait précieuse pour notre communauté professionnelle la circulation de tels récits.
"Enseigner la musique" : un outil pour penser l’évolution des missions des écoles de musique
Les évolutions considérables des techniques de production de la musique interrogent simultanément les définitions esthétiques et les modes de transmission des savoirs et des savoir faire. L'éducation musicale doit-elle s'émanciper de la forme scolaire et se déployer autour de "centres de ressources" aux missions plus larges – et plus instables ? Ou est-ce le concept d'école lui-même qui doit évoluer et rompre avec la vision "classique" qui limite son rôle à celui d'un enseignement initial pensé pour une pratique ultérieure ? Dans ce cas, disposons-nous de modèles pour penser, dans la diversité, un réel encadrement des pratiques d'amateurs ? Les écoles de musique peuvent-elles devenir des lieux d'aventures musicales ouverts à tous, à tous les âges de la vie ?
La musique n'existe pas "en soi", mais en référence à un environnement particulier. Les contextes d'apprentissage sont dès lors déterminants : comment penser les cursus, comment impliquer plus régulièrement les élèves dans des travaux pratiques, en leur demandant de bâtir, au départ de ceux-ci, les éléments de cette "théorie" souvent vécue comme rébarbative ?
Comment penser une culture musicale plus diversifiée, plus "active", peut-être plus multiculturelle, métisse même, à l'heure où afflue à l'école de musique des demandes de nature nouvelle ?
On le voit, les thèmes de travail ne manquent pas. A vos plumes donc, avec notre aide si vous le souhaitez. |
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