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« La danse dans l’école de musique» - 27 novembre 2003
Quels enjeux, quelles particularités, quelles contraintes, Quelles opportunités
Intervention de Jean-Christophe Paré (Inspecteur de la création et des enseignements artistiques)
- La présence et la prise en compte de l’enseignement de la danse dans les établissements publics : Quel est le paysage actuel ? Quels sont les constats, les objectifs, les préconisations, les projets au niveau de l’État ?
- Quelles stratégies et quels moyens pour développer la présence de la danse dans l’école de musique ?
Jean-Christophe Paré reprend les questions soulevées dans l’intitulé de la journée pour construire son intervention.
Le premier point est l’implicite contenu dans le titre « La danse dans l’école de musique »
qui sous-entend que la danse est une discipline à « inviter », à « intégrer » à l’intérieur du cadre de l’école de musique. Les questions posées ensuite soulignant les problématiques, les singularités de cette discipline comme autant d’obstacles à son développement, mais aussi (opportunités) comme apports pour l’établissement qui l’accueille.
Cet implicite pose aussi la musique comme « puissance invitante », qui permet, dialogue avec la danse à l’intérieur de ses murs. Dans ce contexte, il faut se rappeler le lien « originel » qui lie musique et danse depuis la nuit des temps. On en retrouve l’expression contemporaine dans l’évocation de la « transversalité ».
Deuxième implicite : il est question ici des établissements sous tutelle de l’état. Ce réseau
n’est pas en lui-même le reflet de l’état de la danse en France, mais il est intéressant d’observer ce qui s’y passe parce qu’il est porté par une éthique particulière. Les pratiquants en danse se comptent par centaines de milliers pour quelques dizaines de milliers dans les établissements publics. Si on perçoit une logique à cet écart énorme, on peut s’interroger sur le sens de ce réseau et sur son inscription dans la société contemporaine.
Les règles concernant la danse dans les schémas « directeur » puis « d’orientation » de 1992 et 95 ont été suivies à moins de 3 %, le plus souvent par manque de moyens, mais aussi par manque d’adéquation avec la réalité du terrain.
Aujourd’hui, en 2003, une enquête a montré que souvent on est toujours en deçà des préconisations du schéma de 92. On trouve aussi quelques contre-exemples, qui restent toutefois exceptionnels.
On a estimé à environs 20 000 le nombre de personnes qui se déclaraient enseignants en danse avant la loi de 1989. Il y a eu depuis à peu près 8000 dispenses, 2600 DE, et 340 CA dont la moitié seulement sont réellement sur un poste. Malgré la faiblesse de ces chiffres, on constate une progression, par exemple de 25 % d’élèves en plus dans les « conservatoires ». Il faut toutefois garder à l’esprit que le réseau reste un « petit » réseau, qui ne peut pas être représentatif de ce qui se passe au niveau de la danse en France ; mais quia un rôle spécifique à jouer :
- Sur les questions de transversalité, de croisements des disciplines et des esthétiques artistiques.
- Sur la question du corps, développer un questionnement autour de la « musicalité du danseur » et de la « corporalité du musicien ».
- Sur la mission de permettre à l’élève d’interroger sa pratique, de dépasser la motivation première, d’aller vers une « culture de sa pratique », donc vers une forme d’autonomie.
- Sur la valorisation des pratiques en amateur, l’ouverture et l’accompagnement de ces pratiques.
- Sur une démarche d’éducation artistique, portée par un véritable projet politique, comme le préconise la « Charte de l’enseignement artistique ».
Woody Allen nous dit : « L’œuvre d’art ne change pas le monde, mais elle permet de changer notre vision du monde ». Très jolie phrase, mais qui ne dit pas tout, car quand une personne arrive à une œuvre d’art, ça veut dire qu’elle en a déjà fait la démarche. La mission de l’enseignement spécialisé public doit être de permettre à chacun d’en arriver à cette démarche, en travaillant à la question fondamentale de savoir comment on va aider ces personnes à dépasser le désir premier pour aller plus loin.
À ce propos, on peut s’interroger sur une posture politique qui a plutôt consisté en une survalorisation de la création, au détriment de l’enseignement, de la formation, qui sont pourtant les clés d’accès pour travailler sur la sensibilisation et échapper au phénomène de la « consommation ».
Les publics des établissements publics n’évoluent pas, ou très peu. On peut y voir deux problèmes : une création dont on peut s’interroger sur la mémoire, la culture artistique et chorégraphique qu’elle porte. Quand on délaisse la question de la formation des danseurs, des chorégraphes, on arrive à avoir des artistes qui sont portés par un imaginaire qui peut parfois être très puissant, mais qui n’ont pas nécessairement interrogé, pensé - parce qu’on ne leur en a pas donné les moyens- la question de la danse en tant que langage par exemple.
L’enjeu pour la danse dans les établissements spécialisés passe par la relation qu’elle devra entretenir avec le milieu associatif qui est très fort aujourd’hui. Le nouveau schéma d’orientation met l’accent sur l’intérêt d’un projet pédagogique en danse à l’intérieur d’un conservatoire, qui soit intégré à un projet global de l’établissement, c’est-à-dire articulé aussi avec la musique et le théâtre, et également contextualisé par rapport à son environnement.
La prise en compte de nouveaux publics doit aussi passer par une réflexion sur les cursus, qui doivent davantage concilier les missions de l’établissement avec l’organisation de vie des élèves pour inventer des modes de fonctionnement viables.
Pour parler de la singularité de la danse, on peut dégager trois éléments essentiels :
La danse a obligation d’espace, elle a obligation de temps, et elle a obligation du corps :
- Une pratique essentiellement collective, contrairement à la musique qui développe des activités collectives, mais dont l’enseignement est principalement à caractère individuel. En fait, un cours de danse collectif se joue sur un ensemble d’individualités, chaque danseur travaillant sur lui-même en profitant de la dynamique de groupe.
- Le musicien peut travailler chez lui, le danseur ne peut pas le faire. La danse ne demande pas de lourds investissements en matériel, mais a impérativement besoin de ces luxes absolus que sont l’espace et le temps.
- Une autre particularité de la danse est celle des catégories un peu particulières, à savoir la danse classique et la danse contemporaine. Dans la relation au corps, on ne percevra pas de la même façon le monde, suivant que l’on s ‘engage dans la danse classique ou contemporaine.
Autre particularité de la danse : son enseignement est réglementé parce qu’on touche au corps et qu’il faut pouvoir protéger la personne du point de vue de sa santé. L’obligation d’avoir un diplôme d’état pour pouvoir enseigner à des effets pervers, dont le premier est le caractère très « basique » de ce diplôme accessible dès la sortie d’une formation initiale, avant que les danseurs aient eu l’occasion, le temps, de questionner leur pratique, de vivre la culture chorégraphique qu’ils devront pourtant donner à leurs élèves. Ne pas envisager de solutions à cette situation pourrait amener à une perte de la transmission du sens artistique, et à une perte de sens de cet enseignement artistique. Cela nous ramène à la question : « qu’est-ce qu’un enseignement artistique ? ».
Pour prendre en compte ces particularités, des solutions sont recherchées et mises en œuvre :
- Un schéma d’orientation pédagogique, qui va demander aux professeurs d’aller davantage encore vers un travail en équipe, de travailler sur un projet pédagogique qui lui-même fasse sens par rapport à l’environnement dans lequel se situe l’établissement et qui tisse de véritables liens entre les disciplines artistiques. La DMDTS pourra jouer un rôle important dans l’incitation et l’aide à la constitution de réseaux, impliquant le secteur associatif, pour favoriser le développement de processus pédagogiques, de formations, d’enseignements qu’elles ne pourraient pas envisager si les structures restaient isolées.
- Les classes à horaires aménagés pour la danse. Un travail est engagé entre le ministère de la culture et le ministère de l’éducation nationale pour la rédaction d’un arrêté spécifique pour la danse. Il s’agit d’une première puisque jusqu’ici, la danse dépendait de l’arrêté « musique ». Il s’agira là d’une avancée considérable, à la double condition d’une véritable inscription de la pratique de la danse dans l’établissement spécialisé, et d’une ouverture à tous, sans élitisme ni surcharge excessive des cursus.
- Les travaux autour du Diplôme d’état, qu’il faut faire évoluer, notamment sur le volet artistique, afin d’arriver à sortir des effets pervers issus de la loi de 1989.
- Un travail important sur l’articulation entre l’enseignement initial dispensé dans les conservatoires, et l’enseignement supérieur qui représente très peu actuellement, par le Diplôme d’état, et cinq écoles supérieures, qui se situent en fait à mi-chemin entre un enseignement initial un peu pointu et un enseignement supérieur. C’est pourquoi le Centre National de la Danse, qui sera inauguré en avril, représente un élément essentiel pour le développement d’un enseignement supérieur de la danse qui en couvre les différents aspects, les différentes problématiques : les métiers de la danse, le soutien aux équipes artistiques, la pédagogie, la documentation sous toutes ses formes. L’existence d’un tel outil doit permettre de véritables croisements des dynamiques, et le développement de la recherche, cœur et moteur de tout enseignement supérieur se donnant les moyens d’interroger l’art de la danse, ce qui reste pour nous l’enjeu fondamental de sa structuration. |
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