« La danse dans l’école de musique » - 27 novembre 2003
Quels enjeux, quelles particularités, quelles contraintes, Quelles opportunités


Intervention de Laurent Van Kotz (Conseiller musique et danse à la Drac Rhône-Alpes)


Le positionnement, les actions menées, suivies, soutenues par la DRAC pour le développement de l’enseignement de la danse en Rhône-Alpes :

Pour parler de la place de la danse, on pourrait dire que la danse est souvent le « coucou », de la musique en ce qui concerne l’enseignement, et le « coucou » du théâtre en ce qui concerne la diffusion. Dans les textes, lors de séance de travail, on parle le plus souvent de la musique, et il est toujours nécessaire d’ajouter « et de la danse », ce n’est pas quelque chose qui va de soi. Pour la diffusion, ce sont les conseillers « théâtre » qui s’occupent du suivi des lieux de diffusion et du recrutement des directeurs de ces lieux.
Il y a nécessité de responsabiliser, d’organiser le milieu de la danse, de penser la pratique de la danse d’une manière plus « politique », afin de l’inscrire dans la société, dans les systèmes existants. Il s’agit ainsi de gagner du terrain, de la considération, et des moyens, le budget de la danse étant beaucoup plus faible que ceux de la musique et du théâtre pour l’enseignement, la création, et la diffusion.

Les outils théoriques, réglementaires :

Un projet de décret classifiant les établissements : de premier, deuxième, et troisième degrés qui prévoient une place plus importante à la danse. Ces établissements sont de rayonnement communal et intercommunal, départemental, et régional. Des exigences sont formulées en fonction de ces rayonnements. Pour les établissements de premier degré, par exemple, l’obligation d’avoir au moins un studio et de proposer au moins deux cycles du cursus s’ils ont cette discipline, ce qui n’est pas obligatoire.
Pour un établissement de deuxième degré, il y aurait obligation d’avoir au moins deux disciplines, par exemple la musique et la danse.
Pour un établissement de troisième degré, de rayonnement régional, il y aurait nécessité d’avoir non seulement deux disciplines différentes, voire trois, mais aussi au moins deux esthétiques de la danse enseignées.
Reste toujours la difficulté du manque d’espace pour créer des studios de danse.
La Charte des missions de service public des enseignements artistiques. Ce document comporte deux aspects : le côté artistique et pédagogique, et le côté culturel et territorial. Il y est donné des orientations quant au rôle et à l’organisation des établissements à l’intérieur et à l’extérieur (liens, rayonnement, partenariats…). Il est certain que les moyens, les personnes, manquent pour assurer le suivi des réglementations préconisées. Il existe également une grande différence de pressions, d’enjeux entre les domaines de la diffusion et de l’enseignement.

L’action de la Direction Régionale des Affaires Culturelles :

L’éducation artistique à l’école est un enjeu proche de l’enseignement, lié à la question de l’évolution des représentations, et de l’élargissement des publics. La Drac Rhône-Alpes y est présente par l’accompagnement de projets visant à provoquer la rencontre entre les enfants et des équipes de création. Ce type de projets peuvent aller de l’école jusqu’à l’université. Là aussi, quand la musique a un centre de formation des musiciens intervenants, le CFMI, la danse n’a pas d’équivalent. Il a donc fallu organiser des formations, forcément nomades et temporaires. Il reste fondamental de développer l’action de danseurs intervenants. En Savoie, une charte départementale a permis de faire circuler beaucoup de choses entre l’éducation nationale, les lieux de diffusion, et les établissements d’enseignement. Des réflexions doivent être menées dans ce sens.
Un autre type de dispositif est le soutien à des résidences d’artistes dans les établissements publics. C’est une manière de confronter les élèves, qui pour 95 % d’entre eux ne vont jamais au spectacle, au processus créatif, ce qui semble fondamental pour élargir leurs connaissances et leur culture artistique.
D’autres moyens à caractère plus territorial, avec, quand c’est possible, le relais des associations départementales, ce sont les plans de formation continue à destination des professeurs de danse diplômés ou dispensés. Il nous est évidemment impossible de proposer des actions de formation continue aux enseignants non diplômés, ceux-ci n’ayant légalement pas le droit d’enseigner. Ces actions sont particulièrement importantes, pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement et des questionnements qui l’entourent, mais aussi pour rompre l’isolement dont souffrent nombre d’enseignants danseurs et répondre aux besoins de communication, de confrontation des pratiques, des réflexions, des méthodes d’enseignement. Jusqu’ici, les projets se sont montés avec les associations départementales, mais on pourrait très bien envisager des actions identiques avec des conseils généraux, ou bien en s’appuyant sur un établissement d’enseignement. On peut cité l’exemple de l’organisation d’une formation en cours actuellement autour du Hip Hop, fruit d’une collaboration entre la Drac et la Préfecture du Rhône.
Pour l’avenir, ce qu’il faudrait c’est un véritable plan Marshall pour la danse. Il faudrait une politique volontariste sur plusieurs plans :
- L’investissement pour les locaux, dans les établissements spécialisés et dans l’éducation nationale, où l’on peut signaler que deux classes A3 Danse se sont ouvertes dans des lycées de Lyon et Grenoble depuis l’an dernier, et là encore dans des conditions inadaptées.
- Il serait important de proposer aux enseignants dans les établissements des formations notamment à l’animation, la médiation, le travail en équipe…
- Il faudrait aussi qu’il y ait beaucoup plus de directeurs ou directeurs adjoints d’établissements issus de la danse. On a actuellement un seul exemple d’un danseur devenu directeur d’une école où d’ailleurs il n’y a pas de danse. Il s’agirait là de « prendre le pouvoir », non pas de manière belliqueuse, mais de manière à pouvoir faire entendre mieux les problématiques spécifiques de la danse.
- Il y aurait peut-être, suite aux actions départementales, à penser à un plan de formation régional sur des thématiques à dégager avec les professeurs.
Il y a enfin une bataille à mener dans le département de l’Ardèche où une école départementale est en cours de structuration et où, là encore, la place de la danse n’est pas une évidence.