Formation professionnelle continue
Editorial
Les temps que nous vivons semblent irrémédiablement rythmés par l’apparition de « crises » de natures multiples qui n’épargnent aucun aspect de l’activité ou de la condition humaine. Ils forcent l’homme à s’interroger réellement sur son devenir, l’amenant à imaginer de nouvelles perspectives, de nouvelles utopies.
Dans notre secteur de l’enseignement artistique, si certains grands défis demeurent - élargir les publics ; diversifier les esthétiques, les répertoires présents dans les établissements, les pratiques artistiques et les parcours proposés, les manières d’enseigner ; développer les rencontres interdisciplinaires - ils prennent progressivement pour objectif déclaré de permettre à chacun non pas le simple accès à une offre culturelle mais la possibilité d’une réelle pratique artistique.
Cela demande aux acteurs de l’enseignement artistique d’interroger, d'élargir, et de consolider leur conscience de la communauté dans et pour laquelle ils peuvent œuvrer, et de pouvoir affirmer leurs conceptions de ces défis, à travers l’acquisition d’expertises spécifiques.
Si la formation des artistes enseignants reste indispensable au développement de ces expertises, et à l’exercice d’un métier de plus en plus exigeant, elle est parfois, sur la base de représentations fantasmées et exacerbées par un certain sentiment d’urgence, l’objet d’attentes, ou de récriminations également disproportionnées.
Il faut bien s’y résoudre, la formation n’apporte ni superpouvoir, ni recette magique pour changer le monde, pas plus qu’elle n’aurait vocation à fabriquer d’hypothétiques « bons » professeurs, en leur inculquant une manière de penser ou la liste complète des compétences requises. Elle n’est réductible ni à une superposition de « morceaux » de savoir, ni à un empilement de compétences isolables.
Processus, et expérience de vie, la formation offre - à qui en a le désir et le courage, à qui en ressent la nécessité - des circonstances, des occasions d’élargir ses propres frontières, de se confronter à l’altérité, de s’autoriser (et c’est si rare) à prendre pour un temps congé de ses propres routines, de ses propres évidences, pour, tout au long de sa vie professionnelle, continuer à « faire œuvre de soi-même ».
Alors, la formation ? Oui, bien-sûr et plus que jamais, qu’elle soit initiale ou continue. Mais une formation pensée et organisée pour permettre à chacun de se construire non seulement comme artiste, pédagogue, cela va de soi, mais aussi - et avant tout ? - comme sujet, agissant et réflexif, capable de se saisir des complexités éprouvantes mais prometteuses de notre époque.
Jacques Moreau, Philippe Cholat,
Directeur du Cefedem Rhône-Alpes Responsable de la Formation professionnelle continue

